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#Viande : le hashtag de la semaine. Tout un cirque autour du rapport de l’ OMS sur la consommation de viande rouge

Viande de boeuf

Le rapport du CIRC, l’agence de recherche sur le cancer de l’OMS à Lyon, a mis en émoi la filière bovine française et excité pas mal de monde. Rares ont été les conversations ces jours-ci où il n’était pas question de ce rapport sur la viande rouge à l’heure de se mettre à table.

Cette information de l’OMS a provoqué des réactions exagérées de tous côtés. Comme Anima Veg qui se réjouit que les viandes rouges ou transformées soient « bientôt classées cancérigènes à côté des cigarettes ».

Un lobbying contre la viande rouge ?

De son côté, le Président de la FRSEA de Basse-Normandie, ne va pas de main morte dans l’édito de la newsletter de L’Agriculteur Normand du 28 octobre   . « … il y a lieu de douter de la bonne foi de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Comment cette organisation internationale reconnue peut-elle tomber ainsi dans le sensationnalisme ? … Certains y verront le lobby végétarien, d’autres celui des industriels américains à un moment où les négociations commerciales transatlantiques achoppent, précisément, sur le commerce de la viande ». On peut cependant s’interroger comme lui de la gestion de la communication de l’OMS sur un sujet sensible.

Je remettrai le pompon de la récupération démagogique au tweet de la mairie du 2è arrondissement de Paris qui renvoie sur son site et au Jeudi Veggie mis en place en 2014 avec l’appui de l’Association Végétarienne de France et de la fameuse L214 ! Le service communication de Jacques Boutault, membre d’Europe Ecologie Les Verts (ceci explique cela) traitant les élevages industriels comme « un vrai problème de santé publique ».

Les principes d’une bonne alimentation

Dans la Dépêche.fr du 29 octobre , Marc Pagès, directeur général d’Interbev, trouve extraordinaire que l’OMS « préconise pour la santé un repas standard avec de la viande accompagnée de féculents ! » en parallèle de cette communication sur le risque prétendu de la viande rouge transformée ou non. « Nous ne proposons pas autre chose en prônant l’équilibre plutôt que l’exclusion ».

Il est vrai que l’OMS n’a pas mis en perspectives les conclusions de cette méta-analyse bibliographique. Des spécialistes s’en sont chargés, comme le cardiologue et nutritionniste Frédéric Saldmann sur le site de BFM TV pour qui il est nécessaire de tenir compte des quantités, des fréquences de consommation, des modes de préparation…. avant de crier au loup !

La viande rouge, un facteur de risques parmi d’autres

Il insiste sur le fait que la consommation de viande rouge ou de viande transformée (charcuterie…) n’est qu’un des facteurs de risque de cancer colorectal. Jean-Michel Lecerf, chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, sur Le Monde.fr ne dit pas autre chose, en citant des facteurs aggravants comme l’obésité, la sédentarité, la génétique… et des facteurs protecteurs que sont la consommation de fruits, de légumes et de produits laitiers.

Même approche pour l’épidémiologiste et directeur de recherches, le Dr Marie-Christine Boutron-Ruault, qui précise que divers facteurs interviennent comme la cuisson ou les dispositions génétiques (interview du Monde.fr mise en ligne le 30 octobre). Pragmatique, elle rappelle que la charcuterie fait partie de notre patrimoine gastronomique : cependant, il faut savoir rester raisonnable et ne pas dépasser en tous les cas 50 g de produits charcutiers par jour. Et d’en rester à moins de 500 g par semaine pour la viande rouge, ce qui laisse de belles perspectives comme une bonne côte de bœuf le dimanche en famille ou entre amis !

L’OMS n’empêche pas de manger de la viande rouge

Les réactions provoquées par cette nouvelle (qui n’en est pas une au final !) ont amené l’OMS à rassurer et à se défendre d’avoir appelé les consommateurs à ne plus manger de viande, comme l’indique l’article de LeMonde.fr : « L’OMS ne demande pas aux gens d’arrêter de manger de la viande »  LeMonde.fr du 30 octobre.  Et d’indiquer que « réduire la consommation de ces produits peut réduire le risque de cancer colorectal ». Aujourd’hui, aucune donnée scientifique ne permet de déterminer une quantité saine de viande rouge à consommer.

N’oublions pas que la viande rouge est aussi intéressante nutritionnellement par ses apports en vitamines B, zinc ou fer. « L’idéal est de manger deux fois par semaine de la viande rouge, et environ une fois par jour des produits animaux – en incluant les œufs, les produits laitiers, le poisson… » précise Jean-Michel Lecerf (Le Monde.fr).

Pour conclure, je citerai ce tweet humoristique de MKH : « Pour éviter l’effet cancérogène de la #viande rouge, prenez soin de commander un steack bleu ! ».

Loïc Doumalin

A lire :

Groupes de risques cancérigènes du CIRC

27 questions à propos de la communication du CIRC

Interview du Pr Legrand, directeur du laboratoire de nutrition humaine, AgroCampus Inra, Rennes –  « Sans protéines animales, difficile d’éviter les carences » – LeFigaro.fr


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